"La Liberté, ce n'est pas de pouvoir ce que l'on veut, mais de vouloir ce que l'on peut." Jean-Paul Sartre

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Lundi 12 novembre 2009 : Les droits de l’homme et la démocratie dans le monde, un éternel combat

 

A l’instar de la chartre 77 rédigée à Prague[1], la chartre 08 émise par des dissidents au régime autoritaire chinois est une bonne nouvelle pour le tout le monde.  

 

 

 La chartre 08 a été instiguée par un certain Liu Xiaobo (bien qu’il soit d’ores et déjà arrêté et emprisonné pour « subversion d’Etat »). Mais elle  a surtout été signée par de nombreux intellectuels chinois dont des avocats, des professeurs d’université, des fonctionnaires et même par des membres du Parti Communiste chinois !

 

 

Concrètement, cette chartre propose des solutions pour la démocratisation de la Chine, elle propose notamment : la fin du Parti unique, la séparation effective des pouvoirs exécutifs, législatifs et judiciaires, elle prône l’élection des différents élus du corps législatifs au suffrage universel direct, et la réaffirmation des libertés de religion et de croyance et les libertés de la presse.

 

 

A l’été 2008, avec Nicolas Sarkozy et Bernard Kouchner, la France s’était littéralement écrasée devant la Chine, en accordant aux dirigeants chinois leur présence à la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques, alors même que la Chine bafouait et qu’elle bafoue encore clairement et ouvertement des droits de l’homme.

 

 

L’histoire jugera l’attitude et le bien peu de « courage politique » dont a fait preuve Nicolas Sarkozy, et certainement bien autrement que la plupart des journalistes français ne l’ont fait.

 

 

L’attitude de Nicolas Sarkozy avec la Chine qui est par ailleurs est révélatrice de la politique étrangère actuelle française : à savoir politique étrangère fondue dans la politique commerciale qui contribue à un affaiblissement perpétuel de la France et du rôle qu’elle pourrait jouer sur la scène internationale.

 

 

Hegel disait « Rien de grand dans le monde ne s’est fait sans passion », si on devait transposer la formule aux « droits de l’homme » et à la « démocratie » on pourrait dire rien de grand ne s’est fait sans révolte, sans courage et sans heurts.  C’est pourquoi c’est le rôle de la France non seulement de soutenir les dissidents arrêtés et emprisonnés mais aussi d’appeler et de porter leurs revendications face à un régime autoritaire. Certes, me direz-vous, des contraintes économiques pèsent, mais la France a à la fois le devoir et le pouvoir de montrer l’exemple.

 

 

A ceux qui disent qu’il en va de l’intérêt primordial de la France de défendre « ses intérêts économiques », on peut opposer deux arguments, premièrement, le plus simple, les intérêts de la France ne sont pas seulement économiques mais aussi bien évidement démocratiques et humanistes. Deuxièmement, on est en droit de douter qu’une politique commerciale entièrement soumise aux exigences des dirigeants des pays avec lesquels sont signés des accords puisse placer la France en position forte sur la scène commerciale internationale.

Il est impératif de dénoncer la lâcheté du président chinois Hu Jintao, de ses réticences à la démocratisation pourtant inaliénable de son pays. Avec le développement d’internet et des ressources que l’on peut y trouver on voit mal comment le régime chinois va réussir à rester autoritaire encore très longtemps. Internet favorise la communication, propose un accès la culture à tous (même si ce n’est qu’une certaine culture), on ne peut pas denier que ce soit un vecteur de démocratie. Du moins, faut-il le préciser, d’une certaine démocratie, celle où la liberté d’expression est poussée à son extrême…

 

 

En effet, si les nouvelles en Chine sont bonnes, à l’inverse, en France, les nouvelles le sont beaucoup moins, les reculs démocratiques sont de plus en plus nombreux.

 

 

La constitution de la Ve République est sans cesse bafouée : le président de la République mène la politique de la Nation en lieu et place du Premier ministre, révoque les ministres selon sa volonté, Nicolas Sarkozy  impose des lois aux députés sans les interroger avant le vote, et délègue des conseillers sans le moindre mandat officiel s’exprimer sur la politique du gouvernement. Pour reprendre l’expression que je trouve très juste de Laurent Joffrin, nous sommes de plus en plus dans une « monarchie élective ».

 

 

La dernière c’est la nomination directe du président de France Télévisions par le Président de la République. Arnaud Montebourg avait dénoncé il y a quelques mois une « poutinisation rampante », je préfèrerai plutôt que l’on dise une « berlusconisation » rampante de la vie politique française : tout peut « presque » être dit mais tout ne peut pas être diffusé. De nombreux exemples sont là pour l’illustrer, je n’en retiendrai qu’un, la complicité si ce n’est l’amitié que Nicolas Sarkozy essaie en permanence d’instaurer avec les journalistes. Tous les moyens sont bons, même quand ces moyens sont la distribution de la légion d’honneur…

 

 

Je pense qu’il est bon de redire que, contrairement à l’idée répandue, la démocratie n’est pas un tout, un « paquet » que la France aurait acquis en un temps un mouvement en 1789. La démocratie est une caractéristique plus ou moins exprimée d’un système politique dans lequel il y a des droits, des libertés et des devoirs. Ce n’est pas un acquis, on l’a vu avec la République de Weimar, avec Pétain… Les principes démocratiques ne sont donc jamais des principes à considérer comme acquis, ce sont des principes acquis dans la douleur et qu’il est du devoir de chaque citoyen au même titre de défendre constamment.



[1] Qui commença à circuler fin décembre 1976 en Tchécoslovaquie pour exiger le respect des libertés fondamentales, et qui eut un retentissement important dans un pays alors soumis à une « répression » communiste sévère.

 

Cet article a été modifié pour la dernière fois le 12 janvier 2009 à 09:32


Mardi 16 septembre 2008 : EDVIGE : entre sécurité et liberté

 

 

" Tout individu succeptibre de troubler l'ordre public". C'est par ces critères si précis qu'au nom de la sécurité nationale, n'importe quel individu aura le droit à sa fiche dans le fichier pour l' "Exploitation Documentaire et Valorisation de l'Information Générale".

 

 

Lorsque le 6 août 2004, dans l’indifférence générale, la loi n°78-17 démet la CNIL (Commission Nationale de l’informatique et Libertés) de son pouvoir de contrôle sur les fichiers de renseignement généraux, elle consent au fichage de la population sans délimiter de critères précis ni contraindre à un quelconque contrôle. C’est ainsi que le 27 juin 2008 par décret, le fichier EDVIGE naît. En effet désormais l’avis de la CNIL est consultatif. Il faut également rappeler que le mode de composition de la CNIL est loin d’être transparent, douze commissaires élus notamment par l’Assemblée Nationale et le Sénat, deux membres désignés même directement par les présidents des deux assemblées.

 

 

Quand le président de la CNIL et sénateur UMP Alex Türk déclare en 2003 que par le futur changement de pouvoir de la CNIL « La garantie des droits des personnes parait en fait renforcée par le projet de loi, tant d’un point de vue direct qu’indirect » : c’est une admirable plaisanterie.

 

 

Dans le décret du 27 juin 2008, Article 1., il est précisé qu’il est dorénavant permis « aux services de police d'exécuter les enquêtes administratives qui leur sont confiées en vertu des lois et règlements, pour déterminer si le comportement des personnes physiques ou morales intéressées est compatible avec l'exercice des fonctions ou des missions envisagées ». Il aurait été difficile d’être plus vague. Quelles missions ? Quelles fonctions ? Privées ? Publiques ? Ceci n’étant pas explicité non plus, nous ne pouvons que tout imaginer…

 

Toujours dans le même Article 1., il est dorénavant légal : «De centraliser et d'analyser les informations relatives aux individus, groupes, organisations et personnes morales qui […] sont susceptibles de porter atteinte à l'ordre public ». Dans le texte précédent il était question des personnes « pouvant avoir recours à la violence ». Il est normal qu’un fichier de renseignement puisse avoir un caractère préventif, néanmoins il n’est plus question ici comme dans le précédent texte de « violence » ou de menaces sur la vie de quelconque citoyen, il peut donc s’agir de n’importe qui mais surtout pour n’importe quelle raison.

 

 

Il y a aussi dans ce texte une contradiction juridique particulièrement étonnante : Article 4 : « Le traitement et les fichiers ne font l'objet d'aucune interconnexion, aucun rapprochement ni aucune forme de mise en relation avec d'autres traitements ou fichiers ». D’un point de vue légal, si les informations recueillies pour se trouver dans le fichier EDVIGE ne proviennent pas d’un rapprochement avec d’autres fichiers alors elles sont inévitablement illicitement collectées !

 

 

Dans la pratique la CNIL n’est paraît-il jamais autorisée à consulter les fichiers des renseignements généraux, et si elle l’a été ce n’est qu’au cas par cas. Elle sera donc de toutes les façons dans l’incapacité de vérifier ou d’apprécier un seul des pseudos - « critères » définis par le décret.

 

 

Vous avez eu affaire à la police? Vous avez eu une relation adultère ? Vous avez eu une relation homosexuelle ? Désormais ces informations peuvent figurer à vie dans un fichier et conservées toute votre vie… Pour des travailleurs syndiqués, je vous laisse imaginer les risques qui sont pris si de telles informations viennent à arriver au cœur de négociations…

 

Cet article a été modifié pour la dernière fois le 16 septembre 2008 à 12:57


Jeudi 24 Juillet 2008

 

 

Départ pour une semaine de débats avec de jeunes socialistes de toute l'Europe. Retour le 31 juillet avec de nouveaux articles inspirés de cette semaine qui s'annonce d'ores et déjà très enrichissante!!

 


Samedi 5 juillet 2008 : Libéralisme et socialisme.


 

 

La question du libéralisme s’est installée dans la campagne interne pour le poste de premier secrétaire du Parti Socialiste. Autant je ne comprends pas que la question du libéralisme fasse encore débat, autant c’est bien mieux qu’elle se pose au Parti Socialiste maintenant plutôt qu’à quelques semaines d’une élection.

 

Il y a quelques dizaines de jours, lorsque j’ai créé un groupe sur Facebook (« On ne peut pas être Socialiste et Libéral »), j’ai reçu quelques messages et débattu sur le sujet, j’ai entendu dire que je n’avais rien compris au libéralisme : que le libéralisme ce n’était pas le libéralisme économique mais le libéralisme politique, et que de toutes façons, tout le monde était d’accord pour dire qu’il faut un « libéralisme économique régulé » (Ce qui, au passage, ne veut absolument rien dire : soit on est « libéraux » soit on est « régulateurs » ; les deux termes sont incompatibles). Cette vieille méthode qui consiste à dire que « tout est entendu », que « c’est comme cela de toutes façons» me choque toujours autant. L’idée que, sur des sujets politiques on puisse considérer les systèmes comme acquis, stables et indiscutables est pour moi très préoccupante et grave.

 

On retrouve ce procédé sur beaucoup de sujets, l’un des plus beaux exemples qui puisse être est la question de l’existence de la « lutte des classes ». Je suis le dernier qui niera l’existence de conflits d’intérêts entre différentes catégories de population, le dernier qui niera l’existence d’alliances pour des intérêts particuliers de ceux qui accumulent à eux seuls une grande partie de la richesse nationale. Pourtant, il serait grand temps d’arrêter de se résigner à voir le socialisme comme une version « copiée-collée » du temps de grands leaders socialistes Jaurès, Blum…

 

Déjà en 1919, Blum disait « s’il n’existe plus entre les classes de cloisons étanches, si leurs limites sont indécises, elles n’en sont pas moins ennemies. Il se produit des échanges entre elles [les classes sociales]. Qui le nie ? ». Aujourd’hui, bien que des barrières existent toujours entre les groupes sociaux, elles ne sont déjà plus continues. La preuve la plus évidente est la disparition de la conscience de classe. Quand un mouvement social s’amorce, ce n’est pas une union naturelle d’une « classe » qui l’amplifie, mais une mobilisation d’une population bien plus hétéroclite sur la base de revendications précises.

 

Il n’y a plus de conscience de classe. Faire une politique pour tenter de la réanimer serait une grave erreur. Le socialisme du XXIème siècle doit être celui qui récompense le mérite et le risque, pas celui qui conforte ou sanctionne en fonction des groupes sociaux. Il va donc de soi que l’on peut être socialiste et avoir de l’argent, le socialisme exige simplement que la richesse soit être proportionnelle à la qualité et à la quantité du travail. (Et pas à l’appartenance à telle famille ou tel groupe social).

 

Pour en revenir au libéralisme et à sa définition, le libéralisme politique classique se définissait au début du siècle aux Etats Unis comme « la défense des libertés individuelles » et la limitation maximale du pouvoir : il s’oppose donc à l’interventionnisme. En France, l’appellation a toujours été très connotée à droite, Valery Giscard D’Estaing avait même créé un parti « démocratie libérale » avant qu’il ne se fonde dans l’UMP. Dans la période de crise économique que l’on traverse, avec l’envolée des prix du pétrole qui s’ajoute à celle des « subprimes » américains, la droite, elle, n’ose même plus évoquer la question du libéralisme. Au lieu de constater les échecs des politiques libérales : pauvreté croissante, crise alimentaire, tensions internationales (…) ; est-ce vraiment le bon moment pour se réapproprier un concept dépassé et en total décalage avec le contexte économique actuel?

 


Bien que tout le monde s’accorde à reconnaître les désordres occasionnés par le libéralisme économique, personne ou presque ne s’interroge sur le libéralisme sociétal. Il est intéressant de regarder jusqu’où peuvent aller les thèses ultralibérales, Frédéric Bastiat un économiste libéral français du XIXème siècle disait : « [Il ne faut] attendre de l’État que deux choses : liberté, sécurité. Et bien voir que l’on ne saurait, au risque de les perdre toutes deux, en demander une troisième ». Qui aujourd’hui alors pourrait vraiment se définir comme un adepte du libéralisme même politique ? Pas grand monde. Encore moins les socialistes, car être socialiste ce n’est pas se suffire de l’égalité des droits c’est exiger l’égalité des chances quelque soit le groupe social d’origine : autrement dit le socialisme ne se suffit pas de l’existence des libertés, il n’accepte pas la reconduction des inégalités sociales.

 


Le socialisme du XXIème siècle doit accepter et encourager la liberté d’entreprendre. Il doit soutenir et récompenser les risques des entrepreneurs à leur juste valeur. Bien qu’il faille rééquilibrer le rapport travail/capital, le socialisme ne doit surtout pas se désintéresser des capitaux, à ce titre et afin de mieux récompenser le courage, il n’impose tous les capitaux à la même hauteur. Le socialisme moderne est interventionniste : tout en se battant pour de nouveaux droits, il ne s’y suffit pas.

 

A l’époque d’un capitalisme débridé, Bertrand Delanoë a commis avec son « socialiste et libéral » une sérieuse confusion. Le socialisme a dépassé le libéralisme, pourquoi alors remettre en question « la liberté d’entreprendre » qui est, au même titre que le socialisme-démocrate, une idée acceptée depuis longtemps par tous les socialistes ?

 

Cet article a été modifié pour la dernière fois le 06 juillet 2008 à 17:37


Mardi 3 juin 2008 : Mai 68 L’imagination au pouvoir – Mai 2008 Le pouvoir sans imagination

 

 

Le mois de Mai 2008 touche à sa fin, nous arrivons enfin à bout des commémorations plus ou moins nostalgiques qui ont fédéré la génération de nos parents ; je m’interroge : pourquoi tant d’intérêt pour cette révolte âgée de quarante ans ? Quelles ont été les conséquences de Mai 1968 ? Mai 1968 a changé les mentalités mais pour autant pourquoi faudrait-il faire pour autant un nouveau Mai 1968 ?

 

Mais à quoi rime Mai 1968 aujourd’hui ?

 

Mai 1968, pour nous jeunes d’aujourd’hui, c’est surtout la preuve vivante que l’on peut changer les choses par la révolte et pas uniquement par la réforme.

 

Mai 1968, c’est aussi pour nous socialistes, la preuve qu’un mouvement collectif peut changer les gens individuellement.

 

Mai 1968, c’est un héritage, c’est la fin d’une société autoritariste et la poursuite de la séparation des églises et de l’Etat dans les faits et dans les esprits par une évolution des mœurs et des normes sociales, la libération sexuelle…

 

Mai 1968, révolte ou révolution ? Révolte d’après les porte-paroles vivants témoins. Révolte car le mouvement n’a pas vraiment poussé le gouvernement à la porte, il était déjà fragile en 1967 et la droite a été reconduite après les élections qui ont suivi. Mais du point de vue historique : révolution car le mouvement a su montrer qu’un autre monde était possible, qu’on ne devait pas tout accepter ! Révolution car Mai 1968 était plus qu’une simple série de manifestations, c’était aussi la preuve que la révolte a non seulement toute sa place dans la démocratie mais qu’elle peut être aussi utile et souhaitable.

 

Je rejoins complètement le point de vue exprimé par un militant sur l’héritage de Mai 1968, la droite de Nicolas Sarkozy est « héritière du pire de l’héritage que 68 a engendré dans la société française. Libérale et jouisseuse, spectaculaire et médiatique, sans complexe et arrogante, cette droite sent bien qu’elle détient de faux papiers lorsqu’elle exhibe encore des dehors gaullistes. »

 

Mai 1968 a profité au Parti Socialiste qui en a gardé du mouvement pour le changement qu’il inspirait pour gagner le 21 mai 1981. Le Parti Socialiste n’a pas beaucoup communiqué sur Mai 1968 à l’occasion du quarantième anniversaire, ce que l’on ne peut pas vraiment lui reprocher, mais il a surtout oublié que l'existence des mouvements sociaux (il suffit de compter le nombre d’hommes politiques en manifestation ces derniers mois…). Dans la dernière déclaration de principe, le Parti ne mentionne plus les révoltes comme moyen d’obtenir des changements dans la société. Quant à la droite, non seulement elle n’a pas liquidé Mai 68, et je ne vois pas comment elle le pourrait : ce n’est qu’en 2007 qu’un président déjà deux fois divorcé a pu se remarier sans choquer l’opinion! La vague récupération sur Mai 68 par la droite sur le thème du mouvement via un communiqué de presse est bien pathétique particulièrement quand on voit que tout en constatant les problèmes importants que rencontre le pays en ce moment, cette droite a oublié de se remettre en question. Nous ne devons pas oublier qu’elle a été au pouvoir pendant plus de 34 ans de cinquième république.

 

Je suis d’accord avec Daniel Cohn-Bendit pour dire que « 68 a changé le monde et maintenant, nous devons nous occuper de ce qui se passe actuellement et arrêter de regarder en arrière». Il ne s’agit donc pas de « refaire un Mai 1968 », et surtout pas pour combler l’appétit de certains journalistes obsédés à l’idée d’écrire de nouvelles lignes d’histoire pour vendre, mais plutôt d’établir un nouvel ordre de société, par la réforme ou bien alors par la révolte.

 

Cet article a été modifié pour la dernière fois le 20 mai 2008 à 14:42


Mardi 20 mai 2008 : Un mois de militantisme

 

 

Cela fait maintenant plus d’un mois que je milite plus ou moins activement au sein du Mouvement des Jeunes Socialistes (MJS), depuis j’ai donc débattu avec d’autres militants mais j’ai aussi rencontré des non militants et entendu des choses diverses et variées. C’est pour cette raison que j’ai décidé de consacrer un article sur ce que j’ai pu voir, comprendre ou apprendre au début de mon expérience militante.

 

Mais d’abord c’est quoi « être militant » ? J’ai remarqué que pour une majorité des personnes non engagées que j’ai rencontré depuis, cela se résume à de vagues opérations de tractage inutiles et avilissantes. Pour être franc il y a un mois pour moi aussi cela ressemblait aussi un peu à cela. Cette image est fausse, le militantisme est avant tout fait de débats avec ceux qui partagent le plus souvent un grand nombre de nos convictions… A titre d’exemple, après chaque opération de tractage il faut savoir que l’on se réunit entre militants autour d’un verre pour débattre de politique et du reste, le militantisme n’est pas une activité professionnelle, il n’y a pas de nombre fini de tracts à distribuer, ni une obligation de présence à des heures définies, chacun est libre de s’engager à son rythme et selon ses possibilités.

 

 

En ce qui concerne les opérations de tractage et pour avoir depuis fait des balades militantes et des opérations de tractage je ne vois plus vraiment les choses comme je les voyais. On peut se demander après tout, connaît-on l’impact réel des opérations de tractage sur les votes aux élections ? La réponse est non ! Et on ne pourrait même pas l’estimer. De même connaît-on l’impact d’une visite en ville d’un homme politique avant une campagne sur le résultat des élections ? Encore une fois non nous ne le savons pas ! Alors c’est vrai à quoi bon dépenser tant de temps et d’énergie?

 

A quoi bon ? Mais devons-nous nous limiter aux conséquences à court et moyen terme sur une semaine ou un mois ? Lorsque l’on voit les choses comme cela on ne peut pas comprendre les raisons qui poussent les militants à faire des diffusions. Bien sûr excepté le fait de distribuer un programme politique pendant une campagne à ceux qui ne l’auraient pas déjà. Je trouve que l’exposition des militants dans la vie publique sur des marchés a le mérite de montrer à certaines personnes qu’il existe des gens qui pensent différemment, qui croient assez en leurs idées pour vouloir les partager, qui réfléchissent et surtout qui assument complètement des idées différentes des leurs.

 

Le militantisme de terrain permet aussi des rencontres, qui dans 90% des cas ne sont pas fructueuses (et elles n’ont pas toujours vocation à l’être d’ailleurs), mais on y ressent quelque chose : un état d’esprit, des frustrations… C’est là que l’on comprend par exemple que même sur les marchés du Vème arrondissement de Paris, on a visiblement plus attendu de la gauche au pouvoir que de la droite, et dire que sur presque 50 ans de Cinquième République elle a été au pouvoir pendant plus de 34 ans (ce qui représente à peu près 70% du temps), on impute plus de responsabilités dans la situation actuelle à la gauche qu’à la droite ! Après tout, peut-être peut-on y voir quelque chose de positif : on attend beaucoup plus de la gauche que de la droite…

 

A titre d’exemple voilà ce que j’ai pu entendre : « mais pourquoi vous me donnez ce tract il n’y a pas d’élections ? » ; « mais vous avez le droit de distribuer des tracts en dehors des élections ? » ; « non merci pour votre tract, tout va très bien pour moi ! » ; « la politique ne m’intéresse pas, je ne vote pas !». Vous l’avez compris, entre les réflexions individualistes (tant que tout va bien pour moi le reste m’indiffère), les réactions inconscientes (je ne me sens pas concerné par la politique), les réactions désintéressées (on n’est pas en période d’élections en ce moment donc cela ne m’intéresse pas) : on entend de tout. Je me demande comment fait-on pour ne pas se sentir ne serait-ce qu’un peu concerné par la politique? Pourtant je ne vois pas comment on peut se désintéresser de ce qui influe aussi bien sur l’air qu’on respire, de l’eau qu’on boit, de ce qu’on peut se permettre d’avoir dans l’assiette, de ce qui nous permet d’occuper la maison ou l’appartement dans lequel on vit (la liste est longue…). A partir de là, la politique c’est la vie et la vie c’est politique.

 

Pourquoi existe-il un tel décalage dans les têtes de certains entre la politique et la vie réelle ? Peut-être qu’il serait temps pour nous, militants, citoyens engagés, journalistes ou autres de comprendre et d’expliquer les raisons qui poussent tant de personnes à se désintéresser de la vie politique ?

 

Je considère qu’il existe deux raisons à cela. La première repose à mon avis sur la professionnalisation du personnel politique, ce qui se manifeste par des hommes politiques davantage intéressés à l’idée de garder leur(s) poste(s) que de la politique à mener au nom de ceux grâce à qui ils ont été élus. Cette professionnalisation amène en plus rapidement à des dérives : lorsque certains sont prêts à tout pour rester à leurs postes, ou sont prêts à accepter de défendre des idées auxquelles ils ne croient pas, ou prêts à soutenir des personnes qui leur promettent de nouvelles responsabilités, ou pire prêts à taire des pratiques illicites qu’ils pourraient être amené à voir de leurs yeux…

 

Voilà pourquoi je pense que les postes de maires, députés, sénateurs… ne doivent pas être considérées comme des métiers à part entière, il s’agit avant tout de représenter des électeurs, et pour cela il est bon de partager leurs problèmes quotidiens (voir aussi peut-être ici une explication de la popularité de quelqu’un comme Olivier Besancenot). Ne serait-il pas temps de revoir le nombre de mandats que les élus peuvent remplir dans l’espace et le temps ?

 

La seconde raison à mes yeux est la formation du personnel politique, elle a été à un moment uniforme : Sciences Po puis l’Ecole Nationale de l’Administration avant d’obtenir à coup sûr un poste bien placé ; cela tend à disparaître et je pense que l’on peut s’en réjouir, non pas que ces écoles soient foncièrement mauvaises mais que la diversité des formations des hommes politiques est souhaitable. Surtout quand il s’agit d’un rôle qui est aussi un rôle de représentation…

 

Ces deux raisons ont contribué, je pense, à lasser un grand nombre de français de la politique. L’élection, au mois de mai dernier, de Nicolas Sarkozy (avocat de formation…) y est pour quelque chose, il a su proposer aux Français, ce qui apparu à une majorité comme des solutions simples à des problèmes de la vie quotidienne. De même au Parti Socialiste Ségolène Royal a remporté en partie les primaires car elle a tenu un discours avec des expressions simples, qui ont séduit beaucoup de militants du PS. Les Français ne se veulent plus aujourd’hui de politiciens qui se comportent en grands observateurs de la vie politique de même formation, qui tiennent un discours monotone hors de portée de pour la majorité d’électeurs.

 

 

Pour en revenir au militantisme, un j’ai entendu une militante dire : « c’est plus dur d’être de gauche que d’être de droite pendant les élections …». C’est exactement cela, il est quand même plus compliqué d’expliquer à une population inquiète qu’il faut faire une politique pour tous, plus juste, plus solidaire (…) que de leur faire croire que pour leurs intérêts particuliers ils auraient plus intérêt à voter à droite. Sympathisants du Parti Socialiste et de gauche : au travail !

 

Cet article a été modifié pour la dernière fois le 20 mai 2008 à 14:42


Samedi 17 mai 2008 : Retour après quelques semaines d'absence

 

Il y a quelques mois que ce site existe, il n'est pas forcément actualisé régulièrement car c'est un site et non un blog, il n'y a pas de commentaires mais je peux en ajouter pour vous (pour cela envoyez-les moi via la rubrique Contactez-moi). Néanmoins j'essaierai de poster plus régulièrement de nouveaux articles. 

 

Après quelques semaines d'absence bientôt deux nouveaux articles au moins sur ce site. En attendant vous remarquerez la nouvelle rubrique Citations et que la rubrique Musiques a été remplacée par celle des Vidéos Militantes, que j'ai ajouté de nouveaux documents et supprimé d'anciens... De nouveaux discours sont arrivés dans la rubrique Textes et Discours.

Bonne visite...

A bientôt...

 

Cet article a été modifié pour la dernière fois le 17 mai 2008 à 23:32


Mardi 15 avril 2008 : Mouvement des Jeunes Socialistes

 

 

Je me rends à ma deuxième formation avec le MJS dans le sud du quatorzième arrondissement. Le débat s’organise avec en première parti un film sur le travail à travers les générations et en deuxième parti un débat avec Gérard Filoche, un inspecteur du travail membre du bureau national du parti socialiste, auteur de nombreux ouvrages sur Mai 68, les salariés…

Le film de Pierre Karl « Attention, danger travail » commence par la définition du mot travail du latin tripalium instrument de torture à trois pipeaux. Le film est un enchaînement de reportages sur le travail à travers les entreprises et à travers le temps. Chez Domino Pizza tout est organisé, de la coupe de cheveux qui doit pas dépasser de plus de quelques centimètres de la casquette pour l’homme à la présentation face au client qui doit toujours être la même, il n’y a aucune place pour les différences, les employés sont complètement « robotisés ». Il n’y a pas de place pour aucun signes personnels qu’ils soient vestimentaires ou autres (piercings, boucles d’oreilles…). L’exemple de Domino Pizza illustre parfaitement la renonciation de soi dans le travail. Un ex-ouvrier raconte comment il a été licencié de son entreprise et préfère aujourd’hui toucher les indemnités qui lui restent, il confesse avoir perdu l’habitude de travailler et préfère avoir du temps que de l’argent. Un ancien ouvrier dans le secteur de l’automobile rappelle ses souffrances physiques après chaque journée de travail, ses douleurs aux mains qu’il a depuis qu’il a travaillé à l’usine et qu’il a gardés après.


Clémence Le Cœur interrompt le film avant la fin pour laisser Gérard Filoche intervenir. Gérard Filoche s’introduit, c’est un inspecteur du travail, membre du bureau national du parti socialiste et qui est un membre actif du courant Démocratie & Socialisme. Il nous donne d’abord des chiffres : 430 inspecteurs du travail pour 16 millions de salariés, 10 heures de travail maximum par jour, 48 heures de travail maximum par semaine et 44 heures en moyenne sur une période de 12 semaines consécutives [repos quotidien de 11 heures minimal et repos hebdomadaire de 24 heures minimal], il y a 151,666 heures par mois.


Gérard Filoche rappelle que ce n’est pas un patron qui donne du travail à un salarié mais un salarié qui donne de son travail à un employeur. Il rappelle que pour le droit, le salaire du travail est une contrepartie de subordination. Il cite Laurence Parisot « La liberté de penser s’arrête là où commence le code du travail ». Il rappelle les désastres de la loi Fillon de 2004 qui autorise les contrats à se substituer à la loi. Avec humour il rappelle que dans les entreprises on est tous dans le même bateau mais c’est généralement toujours le même qui part avec le bateau.


Gérard Filoche dénonce un nouvel éclatement du code du travail qui est entrain d’être recodifié pour être soi-disant plus « simple », le nouveau code du travail « simplifié » et surtout réduit commencera à être en pratique à partir du 1er mai 2008. Cette prétendue simplification va se manifester notamment par un regroupement du droit en un droit unique et non par secteur d’activité.


Cet article a été modifié pour la dernière fois le 23 avril 2008 à 8:53